Apprendre la photo numérique
comprendre le noir et blanc

Les fausses idées sur le noir et blanc

Le noir et blanc fait fantasmer de nombreux photographes. Certains défendent corps et âme ce type de photo quand d’autres l’utilisent tout simplement pour « sauver une photo pourrie ».

Dans le labo du noir et blanc

Il va déjà falloir tordre le cou aux idées reçues sur le noir et blanc argentique. À cette époque (et encore aujourd’hui), on disposait d’un film que l’on transformait en négatif en le développant. Ensuite, on effectuait un tirage du négatif dans le but d’obtenir une photographie sur un support papier.

Celles et ceux qui ont connu le laboratoire photo n’ignorent pas qu’il fallait au minimum utiliser des filtres « grades » pour densifier ou atténuer les contrastes. En d’autres termes : densifier les noirs et éclaircir les blancs. Si on ne faisait pas cela, on obtenait une vague image toute « grisaille ».

Si on ne développait pas ses photos soi-même, alors on faisait appel à un tireur. Et pour les fous furieux du détail, on choisissait tel tireur plutôt que tel autre parce qu’on avait confiance en celui-ci car il était capable de comprendre ce que souhaitait le photographe et avait la technique et la sensibilité artistique nécessaires pour parvenir au résultat voulu. J’avoue que certains ne se posaient pas toutes ces questions et apportaient les pellicules au photographe du coin.

Dans la matrice de Bayer

Voilà un point capital qui va fortement nous intéresser pour parler de photo numérique en noir et blanc. Quoi ? Vous ne connaissez pas la matrice de Bayer ? Fichtre ! Cela risque de vous passionner au plus haut point.

 matrice bayer

Quand on prend une photo, la lumière renvoyée par la scène parvient à l’appareil photo. Les milliards de photons qui composent cette lumière vont tout d’abord entrer dans l’objectif de l’appareil photo, puis ils vont traverser les nombreuses lentilles de l’objectif, passer dans le diaphragme (ou plutôt l’ouverture du diaphragme) et venir inonder le capteur de l’appareil photo.

Il est important de comprendre le fonctionnement d’un capteur.

Il est en réalité constitué de plusieurs couches :

– La première couche correspond à des filtres infrarouges et AA ;

– La deuxième couche est constituée de micro-lentilles qui vont avoir pour mission de commencer à diviser la lumière. Vous pouvez imaginer que cela fonctionne comme un tamis ;

– La troisième couche est la matrice de Bayer. C’est une petite plaque constituée de filtres de couleur. On y retrouve les 3 couleurs primaires de la lumière qui sont le rouge, le vert et le bleu (le fameux RVB). C’est à cet à endroit que la lumière est décomposée ;

– Les photosites (ou photodiodes) sont situés sur la quatrième couche. Ils vont tout simplement transformer la lumière en signal électrique.

Capteur photo eclate

Évidemment, différents composants électroniques sont présents pour transformer ces signaux en une suite de 0 et de 1. Par exemple : 01001010111000110101101010111000101001010. Cette suite correspond à quelque chose d’intelligible dans le langage informatique. Pour le commun des mortels dont nous faisons partie, ça ne veut rien dire. Pourtant, quand on voit le résultat, on peut parfois s’émouvoir.

Le RVB, les additions et les primaires

Rouge, vert et bleu sont les couleurs primaires de la lumière. C’est-à-dire qu’à partir de ces 3 couleurs, on est en mesure d’obtenir toutes les autres ; il suffit de les additionner. On parle alors de RVB ou RGB. Et si on additionne à parts égales les 3 couleurs à la fois, nous obtiendrons du blanc. Et si d’aventure, nous n’additionnons rien car aucune couleur n’est présente, nous obtiendrons du noir.

Pour reprendre :

– Le blanc est l’addition des 3 couleurs primaires ;

– Le noir est l’absence de lumière, donc de couleur.

C’est bien beau, tout ça, mais si vous lisez cet article, c’est parce qu’il traite du noir et blanc ! Je vous rassure tout de suite : si je vous raconte tout ça, c’est pour que vous compreniez une chose fondamentale en photographie numérique. Et accrochez-vous :

En photo numérique : le noir et blanc, ça n’existe pas.

Non, le noir et blanc en numérique n’a aucune existence ! Je vais vous expliquer pourquoi. Pour cela, revenons-en à notre matrice de Bayer et imaginons-la différemment.

Pour reproduire une image sur un écran, il suffit d’allumer de minuscules ampoules soit rouges, soit vertes, soit bleues, en respectant des intensités différentes ; on va alors pouvoir reproduire une couleur. Si vous n’êtes pas convaincu, approchez votre nez de l’écran et essayez de voir cette répétition infinie de rouge, vert, bleu devant vos yeux. Vous ne la voyez pas ? Rapprochez-vous encore. Encore. J’ai dit ENCORE  ! Ah, vous la voyez ? Parfait.

Maintenant que c’est fait, vous pouvez en déduire deux choses

– Le blanc que vous voyez sur votre écran est rendu possible grâce à sa luminosité. Plus il sera lumineux, plus ce blanc sera blanc. Il est le résultat de l’addition des 3 couleurs primaires ;

– Le noir est dû à l’obscurité de l’écran lorsqu’il est éteint. Plus il sera sombre, plus les noirs seront profonds.

Le noir et blanc n’existe pas véritablement en numérique. En argentique, il existait. Quand vous choisissez un écran, un vidéoprojecteur, la notion de contraste est un critère important. Vous comprenez maintenant pourquoi.

Bref… On continue ?

Alors, comment obtenir un noir et blanc ?

Le traitement numérique permet de désaturer toutes les couleurs, c’est-à-dire de retirer toutes les informations couleurs. On obtient ainsi un simple niveau de gris.

C’est ainsi que va fonctionner votre appareil photo si vous le positionnez sur le mode « noir et blanc ». Vous allez obtenir une photo équivalente sur laquelle, en argentique, nous n’aurions pas joué avec les contrastes (rappelez-vous, les fameux « grades »).

Pour obtenir une image qui fasse illusion, il va vous falloir la « post-traiter », c’est-à-dire la développer pour produire un noir et blanc.

Et lorsque vous regarderez votre photo sur votre écran, ayez une pensée pour ces minuscules lumières rouges, vertes et bleues qui s’illuminent pour produire tout de même un noir et blanc.

photo noir et blanc appareil photo,photo noir et blanc femme artistique,photo noir et blanc mode, photo noir et blanc paysage, photo noir et blanc portrait, photo noir et blanc quel appareil, faire photo noir et blanc reflex, photo noir et blanc technique, photo noir et blanc transformer, photo noir et blanc vers couleur

8 CommentsLeave a comment

  • Bonjour Johann,
    Moi je ne suis qu’un photographe du dimanche, et encore, peut-être même du dimanche soir. Mais j’ai aimé ton article car je trouve que les photos N & B ont beaucoup de charme (la preuve avec la photo d’Alain Licari que tu as placée à droite de l’article). En plus tu m’as instruit, et j’aime ça. Merci !

  • Je suis un peu un vieux de la vieille et si je suis convaincu par le numérique pour la couleur… pour le noir et blanc, je n’arrive pas à avoir le même rendu que l’argentique.
    Je ne suis pas à 100% analogique puisque je scanne mes négatifs N&B une fois développés dans ma salle de bain 🙂 mais le grain du film, même scanné est encore inimitable selon moi !

    • Jacques,

      Merci pour ce commentaire. Evidement que le  » noir et blanc  » numérique n’atteint pas la qualité numérique. En plus d’être du RVB il est diffusé principalement sur écran.

      De la même manière le cinéma avec pellicule ou cinéma avec vidéo projecteur, avec ou sans grain sont selon moi deux monde qui s’affrontent. Et je serai je pense encore très longtemps nostalgique du cinéma sur pellicule.

  • Bonjour,
    Je trouve qu’il manque quelque chose à la fin de l’article, vous parlez de désaturer les couleurs puis qu’il faut post traiter la photo mais vous ne donnez pas plus de détails.
    Pour la part je désature les couleurs et j’augmente les contrastes afin d’avoir les noirs plus profond, ensuite je joue sur la courbe des tonalités.

    • Bonjour Thomas,

      Vous avez raison. Il manque ce quelque chose. Et en réalité, ce quelque chose est délicat, puisqu’il est très personnel. J’entends par là qu’il y a autant de types de noir et blanc que de photographes. De fait, un tutoriel pour « faire pareil » me semble impossible à faire. Cela dit vitre démarche de post-traitement me semble correcte. Vous allez au delà de la desaturation.

      Je dirai qu’il manque cette chose à beaucoup de photographes aujourd’hui (et la tendance n’est pas près de change) : ne pas avoir connu le laboratoire argentique. Pour ce qui est du noir et blanc c’est « on ne peut pas  » plus formateur.

      Merci pour votre commentaire.

Envie de répondre?

Votre email n’est pas publiée