Apprendre la photo numérique
RENTREE DES CLASSES

Prendre beaucoup de photo

Il y a une chose qui m’horripile avec le numérique, c’est d’entendre un photographe déclencher plusieurs dizaines de fois pour prendre une photo. En discutant avec eux et en parlant de cette frénésie aux déclenchements, on évoque avec nostalgie le temps de l’argentique et surtout le temps où prendre une photo coutait un certain prix. Noter que je ne dis pas « coutait cher ». Car non, ca ne coutait pas cher, finalement.

Pour ceux qui n’ont pas connu le temps de l’argentique (oui il y a des personnes qui n’ont pas connu la pellicule et il y en a de plus en plus !), sachez qu’une pellicule coutait dans les 50 francs (je vous laisse le soin de compter en euros ou en dollar, ou en yen, comme bon vous semble).

 

36 photos, c’est tout

Une pellicule c’était 36 poses (on en trouvait en 24 poses et 12 poses), pas une de plus. Il fallait ensuite la développer pour obtenir les négatifs et tirer des photos. Si on faisait faire cela par un labo, ça avait un certain prix. Si on le faisait soit même, ça coutait encore plus cher et en plus on passait énormément de temps sous l’agrandisseur à respirer l’odeur du Ilford Multrigrad (qui piquait le nez), mais quel plaisir ! Finalement, aujourd’hui, quoi qu’on en dise, le post-traitement prend beaucoup moins de temps. Mais le propos de cet article n’est pas là.

 

Lorsque je vois les photographes prendre des « tonnes de photos », je sais bien, je vois bien qu’ils ne cherchent pas en réalité « l’image ». Pourtant c’est excitant de chercher et trouver l’image. C’est un peu comme lorsqu’on lit un livre policier ou qu’on regarde un film de ce type. On cherche tout au long de l’histoire qui est le meurtrier. On réfléchit, on émet des hypothèses, on obtient des indices. Je ne me rappelle plus quel auteur avait écrit un jour : « Dans un roman, ce n’est pas la fin de l’histoire qui est intéressante mais le chemin que l’auteur a voulu vous faire emprunter ». Il a raison : savoir qui a tué dans un livre policier n’est pas intéressant, par contre, comment on l’a trouvé, pourquoi il a tué, etc… c’est passionnant.

Donc, revenons-en à nos photographes qui prennent ce qui leur tombe sous le nez, une fois, deux fois, milles fois. Ce n’est pas intéressant. Je ne ressens pas chez eux cette notion de plaisir d’avoir cherché et trouvé l’image qu’ils voulaient avoir.

Oui, et alors?

Je vais vous expliquer tout cela en images. Je vais prendre un exemple que l’on a tous vécu à différents niveaux : la rentrée des classes après les grandes vacances. Un vrai marronnier pour la presse. Je devais donc couvrir cet événement. Je l’ai vécu plusieurs fois en tant qu’élève, je sais à quoi ça ressemble : les parents emmènent leurs enfants à l’école, les laissent à un instituteur. Les parents s’en vont. L’instituteur emmène les élèves en classe. Terminé. La rentrée est faite.

La première photo de la série.

La première photo de la série.

 

Il me fallait une image pour illustrer ça. Alors j’ai pris en photos des parents avec leurs enfants.

Les parents avec leurs enfants.

Les parents avec leurs enfants.

 

Le gros sac sur le dos. Classique et pas très excitant.

 

Un gros sac sur le dos.

Un gros sac sur le dos.

 

Des groupes d’enfants en train de rigoler. A titre personnel, je ne me souviens pas avoir vraiment rigolé le jour de la rentrée. J’ai plutôt d’humeur massacrante, car les vacances étaient finies.

Les enfants qui rigolent dans la cours de récrée.

Les enfants qui rigolent dans la cours de récrée.

 

Et puis à force de tourner en rond dans la cours d’école, je vois au loin ce gamin assis en tailleur au milieu d’une forêt de jambes d’adultes. Je sors l’appareil photo et le dirige sur lui. J’attends car l’attitude ne me convient pas. Je sens bien qu’il s’ennuie, mais ça ne colle pas. Puis il pose sa tête sur ses poignets. Je déclenche.

 

 

RENTREE DES CLASSESCe petit bonhomme raconte pour moi l’histoire de la rentrée des classes. Il est seul au milieu d’adulte dans un endroit qui ne l’amuse pas, pas encore.

 

Entre les 6 photos, 23 minutes se sont écoulées. Les 4 premières ont été faites dans les 10 premières minutes, puis se fut la traversée du désert, puis deux photos espacées de moins de 10 secondes.

 

RENTREE DES CLASSES

Il est important lorsque l’on prend une photo d’avoir une intention, un message à faire passer. Il est également important de se dire que cela à quand même un coût. On évite ainsi de prendre trop d’image. D’ailleurs, peut-être que pour commencer à prendre de belles photos, il faut tout simplement apprendre à ne pas prendre de photos et ainsi devenir exigeant sur sa production. Pour être plus clair : prendre une photo seulement lorsque nous sommes absolument certain que celle-ci va fonctionner.

 

Et vous, que ressentez-vous lorsque vous prenez une photo ?

On vient sur cette page pour : apprendre la photo, apprendre à photographier, exercer son regard.

4 CommentsLeave a comment

  • Merci pour cet article. J’aimerai pouvoir faire comme ça mais j’ai toujours peur de ne pas saisir le bon moment. Les raisons me semblent simple : je manque de technique et je n’ai pas confiance en moi. Je me sens également toujours débordée par l’événement.

    • Bonjour Natacha,

      Il faut savoir différencier deux choses : le regard et la technique.
      Si la seconde est assez simple à maitriser, le regard est une autre chose. Il demande de l’expérience. Ce n’est pas quelque chose d’inné. Cependant, avec du travail, on peut y arriver.

  • Je crois que l’on apprend à moins déclencher avec le temps, beaucoup d’expérience du terrain ; en gagnant en confiance en soi, en apprenant à être réactif et patient. Et puis il faut accepter l’idée que l’on va passer à côté du ‘bon moment’. Même si cela est rageant. Mais tout cela n’est pas évident. J’essaye de me fixer des limites, de ne pas dépasser un certain nombre de déclenchement par sortie. Pas facile…
    Merci Johan pour cet article. Bien illustré.

  • Article très intéressant.

    En effet, il est dur au début de raisonner davantage en termes de qualité que de quantité, mais au fur et à mesure ça s’apprend.

    J’en suis encore au stade où je dois, après un voyage de quelques jours, trier plusieurs centaines de photos… Mais par contre, j’ai dépassé le déclenchement frénétique dû à la « peur » de rater une photo, qui me faisait appuyer plusieurs fois sur le bouton en revérifiant tous les paramètres pour me retrouver au final avec au cinq photos similaires !

    Aujourd’hui je reviens avec un volume important de photos certes, mais beaucoup moins redondant qu’avant. Après, la prochaine étape c’est peut-être d’arrêter de vouloir photographier chaque détail (le problème c’est qu’un rien m’émerveille) pour chercher LA prise de vue parfaite d’un endroit 🙂

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